La Grande Panne

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vendredi 29 avril 2016

Secrets de fabrication, 5: le personnage de Jean-René Hunebelle

Ses initiales d'abord... JRH: une référence discrète à cet auteur culte (non sans raison), Jean-René Huguenin (notice wikipédia) - auquel la sympathique toute nouvelle revue Raskar Kapac a consacré son premier numéro, publiant des extraits de ce qui aurait dû être le deuxième roman de Huguenin).

JRH: «Je rends heureux», c'est ainsi que ses amis surnommaient Jean-René Huguenin (F.Mauriac, préface au Journal de Huguenin); rien de tel avec mon propre personnage de Jean-René Hunebelle...

Dans la première version de La Grande Panne (cf. mon premier billet sur ce blog) le personnages de Nathanaël jouait un rôle différent: instituteur dans une petite ville de province, il subissait la panne avec sa famille. Dès lors que, dans la nouvelle version, ce personnage était reconnecté à l'île de Sein, sur laquelle il n'y a pas de coupure, il ne pouvait plus servir de «témoin» de ce que représentait la panne dans la vie quotidienne des Français.

Comme mon principe d'écriture fonctionne par chapitres courts centrés sur un personnage donné, je n'avais pas non plus la possibilité de dérouler des récits de la panne un peu partout en France. L'idée d'un journaliste «envoyé spécial» était la solution la plus satisfaisante pour ces récits.

Mais j'ai eu pendant très très longtemps un souci avec ce personnage et ses articles. Pour tout dire, c'est la toute dernière chose que j'ai réglée dans le livre, en juillet 2015. Jusqu'à cette dernière version, Le Journal (imprimé au plomb pendant la panne) était monté par un conglomérat de patrons de presse, ceux des quotidiens français. Ils choisissaient de confier à Jean-René Hunebelle les reportages de la «der»:

« Dirigeants de l’ensemble des quotidiens nationaux et régionaux d’information représentant un total de près de neuf mille journalistes, nous avons dû composer une équipe particulièrement réduite pour ce Journal. Dès le début, nous nous sommes mis collectivement d’accord sur la nécessité de choisir un grand reporter qui n’aurait d’autre mission que de parcourir la France et de raconter ses habitants durant cette période particulière que va vivre notre pays. Notre choix s’est porté sur Jean-René Hunebelle. Après sept ans à Libération, où il a notamment couvert la guerre du Kosovo, puis la deuxième guerre d’Irak, il est devenu grand reporter au Monde, journal pour lequel il a ramené des reportages de très nombreux pays. Prix Albert-Londres, Jean-René Hunebelle signera donc tous les jours le grand papier de la « der », cette page 8. »

Or, pour plein de raisons qu'il est inutile de détailler ici, j'avais envie de railler quelque chose du style journalistique: dès le début, j'ai donc écrit les articles de Hunebelle avec ce ton un peu improbable, avec force points d'exclamation et une sorte de sottise de bon aloi...

À plusieurs reprises, mon éditeur m'a fait remarquer qu'il était impossible de donner ce style un rien «too much» à ce journaliste tel que je le présentais...

C'est lors de ma dernière discussion avec mon éditeur, de passage en France en juillet 2015 et alors que le livre était fini, que j'ai eu cette idée de changer totalement ce qu'était le Journal, et faire de Hunebelle un petit patron de presse d'un groupe spécialisé, qui n'écrit pas vraiment, et qui prend une forme de «revanche» en lançant un titre là où tous les quotidiens classiques sont paralysés.

Dès lors, son style assez particulier est cohérent: il se retrouve dans une position qu'il a finalement toujours rêvé d'avoir, celle d'un «vrai» journaliste, et il en fait des tartines... Mon problème narratif était réglé.

Un dernier mot. Dans les premières versions du livre (j'y ai renoncé avant d'avoir modifié le personnage de JRH), le roman ne se finissait pas sur le retour au flash-back du capuchon. Il y avait une scène finale, un tout dernier article du Journal, écrit par Hunebelle. J'aime bien ce dernier papier, ce qu'il raconte des rapports entre la fiction et le réel, mais finalement j'ai décidé de le supprimer parce que je n'étais pas totalement prêt à assumer le choc identitaire qu'il révélait (déjà que Hadrien Klent, ce n'est pas vraiment moi, si en plus c'était lui...). Mais bref voici comment finissait La Grande Panne:

« C’est fini. C’est la Libération. Comment ne pas penser à ce qu’ont vécu nos parents, nos grands-parents, en août 1944, quand, lentement puis sûrement, le territoire français a été récupéré à la barbarie de l’envahisseur ? Comment ne pas se sentir frissonner quand on voit la joie collective lors de l’annonce officielle, les embrassades fraternelles, le sentiment d’apaisment, la fin de la peur ?

Et l’onde sonore lors de la reprise du courant : les gens qui s’exclament, qui s’esclaffent, qui s’esbaudissent, et tout qui brille à nouveau. Et ce podium, dressé en quelques heures sur la place du Colonel Fabien, avec ces musiciens qui jouent à nouveau avec leurs ampli, ces corps de parisiens et de parisiennes qui s’agitent si fort d’être libérés, qui dansent comme un culte vaudou rendu au dieu électrique.

Et pourtant ? De quoi avions-nous été privés ? De l’électricité : plus précisément de tout ce qui nous donne accès à la société de consommation, au triomphe de la modernité, aux machines, à l’électronique, au numérique, à toutes ces béquilles qui ont transformé l’homme et l’ont rendu esclave

J’ai aimé, vous ne pouvez pas imaginer combien j’ai aimé ces jours, ce que j’ai vu, ce que j’ai eu à raconter. J’ai aimé avoir cette page huit, vous emmener chaque jour quelque part. J’ai aimé être journaliste. Mais j’arrête. Je devrais écrire : et j’arrête. J’arrête, je renonce au journalisme. Tout simplement parce que je ne pourrai plus jamais couvrir un évènement d’une telle intensité, j’aurais toujours envie de comparer : une guerre au Darfour ne me semblera n’être qu’un conflit de plus, un attentat ne sera que des morts, un tremblement de terre un caprice de la nature. Plus jamais je verrai une société qui, tout entière, est obligée de réagir, de s’adapter, de se réinventer.

Et aussi parce que le réel m’a tellement transporté, m’a tellement bouleversé ; parce que je sais que je n’ai jamais été, en vous délivrant mes petites chroniques, ne serait-ce qu’à la hauteur de sa cheville. Ce n’est pas moi, le problème : un autre n’aurait pas fait mieux. Le problème, c’est le réel. Je le regarde, le réel, et je suis tout désemparé : comment mes malheureux quatre mille cinq cent signes pourraient ne serait-ce qu’approcher un petit peu la complexité du monde ? Il m’en faudrait trois fois plus, au moins, pour faire le récit juste du regard apeuré que m’a lancé ce cadre croisé à la Défense. Quatre fois plus pour le geste fataliste de ce grand noir qui tirait puis poussait la porte du Franprix autrefois automatique. Dix foix plus pour ces mots entendus le long de la « ligne 4 » du métro parisien, cette étrange procession de piétons sur le boulevard de Sébastopol descendant de leurs trains au diésel arrivés gare du Nord. Et ainsi de suite.

Voilà pourquoi, en même temps que paraît cet ultime numéro du Journal  tiré au plomb, je change de vie. Je continuerai à écrire, bien entendu, mais ce ne pourra être que de la fiction. Seule la fiction permet d’être honnête. Les silences, ce que je cacherais dans mes livres, c’est que ça n’aura pas eu lieu ; cela changera de : ça a eu lieu et je n’ai pas la place de le raconter. Je ne serai que dans le vrai, en choisissant le faux. C’est mieux : pour mes lecteurs ; et pour moi.

Et, dorénavant, je signerai de mon véritable nom :

Hadrien Klent. »

samedi 16 avril 2016

Secrets de fabrication, 4: Mes questions en fin d'écriture

Après avoir terminé la rédaction du livre, le 4 mai 2015, je l'ai donc envoyé à mon éditeur ainsi qu'à quelques amis, avec une liste de questions que je me posais, ce que je pourrais appeler des questions «finales», celles qui restent alors que le livre est terminé.

Je ne vais pas citer in extenso ce texte (écrit dans un style assez relâché), mais voici quelques-uns des points que je soulevais:

Capuchon

Je me demandais s'il fallait rester très elliptique en introduction avec la scène du capuchon (laquelle n'est expliquée qu'à la fin du livre - mais sans non plus de spectaculaire retournement...); j'ai gardé ce côté elliptique.

Jean-René Hunebelle

Il y avait un enjeu important sur ce personnage, mais j'en parlerai dans un autre billet qui lui sera dédié.

Discours

Dans la première version du livre, on entendait (on lisait) le discours écrit par Normand pour le Président (celui qu'il fait lire à Alexandrine dans son bureau). Dans la version finale, j'ai retiré ce discours avec l'argument suivant: ce n'est pas tant le discours qui compte que le fait que ça implique pour lui (et pour les autres) - le faire lire, c'était pousser le lecteur à s'intéresser à d'autres enjeux que ceux que je voulais. D'ailleurs, comme le dit Nathanaël (p.308):

— Cela dit, reprend Nathanaël, hormis la forme, que tu as améliorée, le fond est toujours aussi con.
— Ah, ça... C’est toujours « bonne nuit les petits ». C’est le principe, hein.


Greenpeace

Voir le billet sur les scènes coupées.

Thomas

Voir le billet sur la première version du livre sur le fait que Thomas (i.e. Nathanaël dans la version publiée, je n'ai changé le nom qu'à la toute fin) jouait un rôle différent à l'origine.
Voici ce que j'écris dans mes questions de post-écriture:

J’ai intégré cette dimension de l’espionnage subi que je trouve intéressante (+ son caractère particulier, les 3 garçons fonctionnent ainsi: Jean-Charles dans l’action / Normand dans la contemplation / Thomas dans l’attente), espionnage aussi qui raconte qu’on a beau chercher on ne trouve rien d’autre que de l’humain finalement (il y a moins des grands secrets que des personnalités complexes); mais bref dans la fin du livre il est moins consistant, et en même temps je ne me vois pas l’enlever, d’où ma question: ce relatif déséquilibre par rapport aux deux autres, est-ce un problème ?

On m'a convaincu que ce n'était pas un problème.

Vocabulaire

Ma question:


Je me demande si je ne devrais pas exclure l’usage de l’expression « grande panne » des personnages. Utiliser « coupure » à chaque fois, je me dis parfois que le mot « grande panne » ne devrait être utilisé que par l’auteur (mais c’est peut-être du gadget inutile).


J'ai décidé que oui, ou plutôt j'ai carrément mis en scène cet enjeu dans une remarque que fait Alexandrine au reste de l'équipe de l'Elysée:

Alexandrine prend la parole.
— J’ouvre une parenthèse, une parenthèse importante. Je suis en train de finir une note que j’enverrai à tous les services ce soir avant de partir. Il faut qu’on soit très vigilants sur l’usage des mots. Entre nous, on peut parler de panne, mais en revanche dès qu’on communique en public, c’est interdit. On dit « coupure », « interruption du courant », mais jamais on ne dit « panne », c’est trop démoralisant.

Normalement, c'est respecté dans le livre...

 

Jean-Charles après son arrestation


Ma remarque:

Volontairement je laisse ouvert la décision de Jean-Charles par rapport aux flics. Disons que je n’explicite pas le fait qu’il ne va pas utiliser le cahier pour se disculper (même si je laisse entendre que c’est l’option choisie, que J.-C. profite de ce qu’a monté en son nom Emiliano pour tirer une gloriole, alors qu’en réalité il est incapable de monter un truc aussi élaboré). Je trouve plus intéressant de ne pas clairement trancher sur ce point, de laisser le lecteur se demander ce qu’il ferait à sa place. Et pour une « Grande Panne II » je pourrais toujours réutiliser le personnage dans l’un ou l’autre des contextes ;-)

Je n'ai pas décidé d'écrire une Grande Panne II, c'était plutôt pour rire...
 

Le doute de Sauvage

Ma question, à propos de la scène entre Sauvage et Louis (p.211):

J’aime beaucoup la scène du 4/09 le soir, quand Sauvage exprime à Louis ses doutes sur sa place. Ma question : est-ce que ça fonctionne avec le reste du personnage, toujours à fond ? Est-ce qu’il peut avoir cette faille, qu’il exprime juste devant Louis, et jamais dans sa vie quotidienne de chef du GSPR ?

On m'a convaincu que ça fonctionnait bien comme ça.

Voilà: ce sont vraiment des enjeux de fabrication, comme un auteur en affronte beaucoup quand il travaille sur une narration - j'aime le fait d'en avoir une trace (d'habitude ce sont surtout des questions qu'on se pose à soi tout seul, ou des discussions qu'on a à l'oral avec des gens qui ont lu le manuscrit), et en l'occurence de la partager avec vous.

jeudi 7 avril 2016

L'île de Sein: les lieux du livre

J'ai enfin reçu le livre, très bel objet, bien épais (340 pages de papier, c'est plus impressionnant que 340 pages de PDF...).

En le feuilletant, je me suis dit que ce serait amusant de faire un billet de blog sur les différents lieux de l'Île de Sein qui servent de décor à l'action, et qui existent vraiment.

Page 32 du livre, il y a une première liste des lieux et de leur affectation:

Les services de Matignon sont au «Grand Monarque» (le bâtiment qui accueillait les gardiens de phare, aujourd'hui c'est l'école de l'île, cf. la présentation sur le site de la mairie).

Le «poste de commandement fixe» est dans la grande église. Photos sur ce site.

Mais finalement le roman ne passe pas vraiment ni à Matignon ni au poste de commandement. En revanche un des lieux emblématiques est l'hôtel Ar-Men, le «grand hôtel» de l'île (l'autre hôtel de l'île étant les Trois Dauphins, un hôtel tout à fait charmant mais vraiment trop petit pour pouvoir être utilisé dans le roman - j'étais persuadé que j'avais écrit quelque part qu'il servait de lieu d'accueil pour les diplomates étrangers devant rendre visite au président, mais apparemment non, en tout cas impossible de retrouver la moindre mention des 3 Dauphins dans le livre, mais malgré tout voici le lien de l'hôtel).

Sur le site de l'hôtel Ar-Men, je trouve ce plan des chambres. En l'observant avec attention, je me rends compte qu'il y a une petite erreur dans mon livre. Page 133, j'écris:

Au premier étage de l’hôtel, toutes les chambres ont été réaménagées en bureaux, dans chaque bureau un chef de service et un adjoint, sauf pour Alexandrine qui a la dernière, tout au bout, la no 8, plus petite mais qu’elle ne partage pas. Le deuxième étage est réservé au président, salle de réception, bureaux ; puis grenier où dorment les membres du GSPR. Lionel Sauvage a un bureau au premier étage, le no 5, qu’il partage avec son numéro 2.

Et, page 225:

La femme de ménage a branché son aspirateur qui ronronne, tout est normal. Tout est normal? Normand salue la femme et va au fond du couloir du premier étage de l’hôtel, devant la porte avec le numéro 8. Il frappe, entre.
Alexandrine, devant son ordinateur: se retourne à peine.
— Je finis un truc, j’en ai pour une seconde.
Normand sourit.
— C’est drôle que tu sois là, tu sais. Avant de trouver ma maison, j’ai habité ici pendant un temps. Je veux dire: dans cette chambre. C’est la plus petite de l’hôtel, il y avait juste un petit lit et une table, ça m’allait très bien.
Le lit a été enlevé, une seconde table a été ajoutée. Ordinateur, imprimante, dossiers par dizaines.
— C’est la plus petite, répond Alexandrine, mais à l’inverse je suis seule, tous les autres partagent leur bureau. Privilège de secrétaire générale.
Normand va jusqu’à la petite fenêtre qui donne sur la mer.
— J’avais installé ma table ici, et j’écrivais en regardant par là, au loin. Et maintenant c’est ton bureau. Il y a quelque chose de...


Or s'il existe bien une "plus petite" chambre à l'hôtel Ar-Men, elle porte en réalité le numéro 5, et ce n'est pas la dernière mais l'avant-dernière au fond du couloir. Le site de l'ĥôtel en propose une photo:

C'est bien dans cette petite chambre que se trouve le bureau d'Alexandrine.

Page 116, première apparition de la salle à manger de l'hôtel (dans laquelle se passent toutes les réunions):

Le président est de bonne humeur ; peut-être un peu trop. Le lieutenant-colonel Sauvage est déjà installé, raide et concentré. Louis, le directeur de cabinet, a sa cravate aussi bien nouée qu’à Paris. Jean-Sébastien, les yeux encore embrouillés, répond à trois messages sur deux téléphones portables. Alexandrine rentre la dernière dans cette grande salle à manger banale de l’hôtel Ar-Men, «le dernier avant l’Amérique», comme le dit le petit écriteau à l’entrée — banale hormis cette vue majestueuse sur la mer comme horizon unique: la marée est haute.
— Bienvenue à tous dans notre war-room... Je dirais plutôt flower-room, hein, Lionel, Lionel franchement, vous auriez pu enlever les napperons et ces rideaux à fleurs. Je déteste les rideaux à fleurs déjà en général, mais alors ici, pour les photos! Voyons!

Sur le site de l'hôtel on peut trouver une photo de ladite salle à manger:

Les autres lieux importants de l'île sont les deux cafés «historiques».

D'abord «Chez Brigitte», qui porte, aujourd'hui encore, le nom de l'ancienne patronne (sauf erreur, c'est justement en 2012 - l'année de l'action du livre - que Brigitte a cédé son café à ses actuels propriétaires).

Sur le site de la mairie de Sein, on trouve cette photo du bar-restaurant, qui se trouve sur le Quai des Paimpolais:

Sur l'autre quai, celui des Français libres, se trouve l'autre bar du roman, «chez Bruno». Aux dernières nouvelles (mais je ne suis pas allé sur Sein depuis déjà plusieurs années), c'est toujours Bruno qui tient ce bar:

Un passage du livre explique comment Normand, l'écrivain qui habite sur l'île, choisit entre ces deux cafés:

Il fait presque frais ce matin, mais Normand n’a pas envie d’aller s’enfermer chez Brigitte, d’habitude il s’organise simplement, en fonction du soleil, le matin chez Brigitte, le soir chez Bruno, mais chez Brigitte on est les uns sur les autres, et là il y a trop de monde, trop d’énarques empressés qui parlent fort et qui croient maîtriser le monde. Chez Bruno, il a préféré rester dehors, malgré la fraîcheur, il a pris un café crème qu’il serre de ses deux mains, il est sur le parapet, et il regarde les bateaux à voile qui gîtent doucement, la marée est haute, la mer est calme.

Pour finir, quelques lieux où se déroulent des moments importants du livre:

— l'héliport, ou plus exactement l'hélisurface, de l'île. Je n'ai trouvé que cette image, tirée du site du ministère de la Défense:

— la chapelle Saint-Corentin:

Ils sont arrivés devant la petite chapelle Saint-Corentin, une simple maisonnette posée au milieu de la vaste étendue d’herbe battue par les vents, un peu avant le phare du Goulenez qui marque la fin de l’île. Le président a demandé à ce que Sauvage ait toujours la clé de la chapelle sur lui : il aime bien entrer à l’intérieur et s’y asseoir, seul. Seul ? Avec le Christ qui le regarde d’un air sévère.

Belle photo tirée du magazine Géo:

— le phare Ar-Guéveur:

Au sud-ouest de l’île, après l’héliport, il y a une longue et fine avancée, avec une petite plage de galets, puis la décharge de l’île, autrefois un simple amoncellement d’ordures mais aujourd’hui obéissant au strict respect du tri sélectif. Puis un mince passage, une digue, qui mène jusqu’à un monticule de rochers au-dessus duquel est installé un petit phare, nécessaire pour indiquer cette avancée au sud-ouest de l’île, dans le raz de Sein, où passent de nombreux bateaux: le phare Ar-Guéveur.
Le président l’a découvert la veille; n’avait jamais poussé jusque-là auparavant ; s’y est tout de suite plu. S’est dit que c’était un bon endroit pour méditer, sur ce banc de pierre qui fait presque la moitié du tour du pied du phare. En dessous, il n’y a que des rochers, et les vagues, violentes, qui les frappent.
Il ne se lasse pas, mais qui se lasserait, de regarder ces petites explosions d’écume qui ne se répètent jamais, elles. Lui qui ne supporte pas les moments contemplatifs, lui qui est toujours en mouvement, toujours en train de s’agiter, de parler, le voilà qui peut regarder des dizaines de minutes sans rien dire, sans
rien faire: ne bouge plus. Il y a un petit côté royal: ici il peut être seul, totalement. Côté mer, l’aviso patrouille, au loin, sans vraiment le déranger. Et côté terre, cette arrivée par ce long passage ne pose aucun problème à surveiller, les hommes du GSPR sont postés devant la déchetterie, qui a le bon goût de ne pas sentir mauvais: bercée par les vents.

J'aime bien cette photo tirée de ce site organisant des croisières en voilier:

(Voir également la page dédiée aux phares du site de la mairie.)

— et enfin, Kelaourou:

Kelaourou est la petite presqu’île au sud de Sein, une excroissance qui n’est accessible qu’à marée basse. Pour y aller, on marche sur des cailloux encore humides de la mer qui est partie et qui reviendra bientôt, puis on arrive sur une vaste lande herbeuse.
— C’est ici que les femmes de pêcheurs cultivaient leurs légumes, surtout des pommes de terre. Elles utilisaient les algues comme engrais. Évidemment, elles ne pouvaient venir qu’à marée basse. Regarde, il reste encore les murets pour protéger du vent...

Seul lieu «préservé» de l'île pendant la Grande panne... Je n'ai pas trouvé de photo sur internet, mais ce n'est pas plus mal comme ça... Kelaourou restera, ici aussi, un peu à part...

Un lien supplémentaire: cette «planche contact» avec des dizaines de photos de l'île.

Et en bonus: page 226, Alexandrine fait lire à Normand un article de journal qui parle d'une des propriétaires de l'Hôtel Ar-Men, et de son rapport au 11 septembre 2001. Cet article du Télégramme existe bien, il a été publié le 16 octobre 2009 (et n'est malheureusement pas accessible pour les non-abonnés).

jeudi 31 mars 2016

Avant la sortie d'un livre

C'est un moment toujours un peu particulier. Le livre est fini, depuis plusieurs mois.
J'ai terminé de l'écrire autour du 4 mai 2015 (on était le 3 au Mexique, le 4 à Paris), dans un appartement qu'on m'avait prêté à Mexico*. En juillet 2015, chez un ami à Paris, j'ai fait un dernier travail de retouche sur le texte (ce sera sans doute l'occasion d'un des «secrets de fabrication», sur le personnage de Jean-René Hunebelle). Début septembre 2015, la correctrice, Aurélie Delafon, a travaillé (avec beaucoup de subtilité, et c'est important la façon dont un/une correcteur/rice travaille sur un texte) sur mon manuscrit. En janvier 2016, les équipes du Tripode ont mis en page le livre. En février 2016 (après un rapide rendez-vous à Paris) nous nous sommes mis d'accord, par mail, avec Frédéric Martin, mon éditeur, et Juliette Maroni, la graphiste (cf. son site) sur le graphisme de la couverture.
Et puis le livre a été imprimé.
Et il est maintenant dans les mains de gens qui l'ont reçu. C'est un objet. Il existe:


(photo tirée du blog de l'agence Anne et Arnaud)

Or moi, je ne l'ai pas encore vu, ce livre. Parce que j'habite loin de Paris, et qu'il faut un peu de temps pour qu'un exemplaire arrive jusqu'à moi.

Et donc c'est évidemment assez étrange, de voir ces photos (celle-ci aussi, avec une couleur très différente de la précédente...), de lire des premières mentions, comme sur ce blog de Jean-Max Méjean, alors que ce livre reste, pour moi, un objet très abstrait.

Rien de plus à dire - et ce n'est pas très passionnant, ce que je raconte là, mais peut-être juste peut-on dire que: je l'ai vu, le fichier PDF du livre, et pourtant je n'ai pas vu le livre. Donc, 2016 ou pas, un livre, ça reste un objet. Et j'ai assez hâte de le tenir dans mes mains, qu'il soit à nouveau réel et non virtuel.



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* Je viens de lire Circuit intérieur, de Francisco Goldman (cf. l'article de Philippe Lançon qui m'avait fait connaître et donné envie de lire le livre): sa propension fatigante à citer le quartier de la Condesa (le quartier «hipster» de Mexico) m'empêche de faire de même ici (et je ne parle pas du reste du livre par décence).
Le moment, et l'endroit, où l'on termine un livre m'ont toujours semblé des choses importantes. J'ai retrouvé récemment une photo de ce 3 (ou 4?) mai, avec le manuscrit imprimé que j'avais fait tirer dans une boutique pour le relire avant de faire d'ultimes corrections et d'envoyer le fichier, par mail, à mon éditeur. La voici:


mardi 15 mars 2016

Secrets de fabrication, 3: scènes coupées

Il y a plusieurs scènes coupées que j'ai écrites mais qui au final n'apparaissent pas dans la version publiée de La Grande Panne. Elles sont, en gros, de trois ordres:

― l'ensemble des scènes correspondant au personnage de Nathanaël, lequel, dans la première version, s'appelait Thomas. J'en ai parlé dans mon premier «secret de fabrication», je n'y reviens pas (cela fait beaucoup de scènes coupées, mais je ne souhaite pas les faire lire, tout simplement parce qu'elles correspondent à un état du livre qui n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'il est maintenant).

― un petit groupe de scènes que j'avais prévues et commencé à écrire, avant de m'arrêter finalement. Dans la série de «questions en suspens» qui datent de la remise de la première version du manuscrit à mon éditeur (j'y reviendrais), j'avais détaillé ce projet de sous-intrigue:

Des militants de Greenpeace prévoient une action sur une centrale nucléaire lors de la fin de la coupure, pour empêcher que la centrale ne redémarre normalement. Mais ils sont infiltrés par un mec contrôlé par Sauvage, qui a pour but de foutre la merde (faire en sorte que des travailleurs de la centrale soient tués lors de l’action, pour discréditer Greenpeace). Gueslin double Sauvage en prévenant le PR, et du coup le PR peut penser que Sauvage en fait lui voulait du mal (et ça accréditait ce que pensaient les Américains, que quelqu’un de l’entourage du PR avait pour but de déstabiliser l’Etat – sans que le livre tranche sur le fait que Sauvage faisait ça pour ou contre le PR).

J'avais commencé à écrire une première scène, celle qui dans mon chapitrage (la liste des scènes que j'ai à écrire: tout le roman était chapitré en amont) correspond à:

Réunion Greenpeace, préparation action sur centrale de Chinon. Dans le groupe, John, l’alpiniste anglais, est sollicité pour monter en haut du réacteur et y placer banderole. La question des médias : faut-il faire l’action avant la coupure pour être aux 20h ? (Tout n’est plus que médiatique, y compris le militantisme)

Je n'ai jamais terminé cette scène (qui se passait dans une architecture étrange de la banlieue parisienne), et j'ai renoncé à cette partie de l'intrigue (la manipulation policière) qui, bien que crédible (le personnage de John était directement inspiré de Mark Kennedy/Stone, l'agent britannique ayant tenté d'infiltrer le groupe de Tarnac, cf. par exemple cet article), me semblait un peu trop «terre à terre» et finalement brouillant les enjeux similaires posés par la relation entre Emiliano et Jean-Charles.
J'aurais volontiers cité ce début de scène ici, mais je ne l'ai plus: le texte était dans un ordinateur qui m'a été volé fin juin 2015. Et autant j'avais évidemment une sauvegarde du texte, autant je n'avais pas pensé à mettre de côté les scènes coupées.
Il est possible que j'aie oublié d'autres scènes que j'avais écrites puis coupées, à tout jamais perdues.


― Été 2015. Sur un nouvel ordinateur, je reprends une dernière fois le texte, après une conversation avec mon éditeur. Hormis le cas de J.-R. Hunebelle (qui fera l'objet d'un billet à part), j'ai fait quelques coupes, dont notamment une scène intéressante parce qu'elle faisait référence à la grande panne de New-York de l'été 2003, mais qui, hormis cela, n'apportait pas grand-chose.
Cette scène s'intercalait durant la réunion du vendredi matin à l'hôtel Ar-Men. Dans le livre publié, il s'agit de la page 120: après la remarque de Jean-Sébastien concernant le fait que c'est eux qui décident du déclenchement de la panne.
Vous pouvez lire cette scène coupée sur ce fichier pdf: Scène coupée (Louis à New-York en 2003)


J'ai eu également le projet de mettre une exergue au livre. Il y a eu deux possibilités d'une citation ouvrant le roman.
Pour la version de 2011:

« Il suffit de voir ce qui fait retour de vie sociale dans un immeuble soudainement privé d’électricité pour imaginer ce que pourrait devenir la vie dans une ville privée de tout. »
L’insurrection qui vient.

Pour la version actuelle:

« Le phénomène qui vient de se produire ne correspond à rien de ce que nous savons. C’est en violant toutes les lois de la Nature et de la logique que l’électricité a disparu. Et, l’électricité morte, il est encore plus invraisemblable que nous soyons vivants. Tout cela est fou. C’est un cauchemar antiscientifique, antirationnel.»
René Barjavel, Ravage, 1943

(Finalement je n'ai gardé aucune exergue.)

samedi 5 mars 2016

Secrets de fabrication, 2: le titre

À tout seigneur, tout honneur, un billet consacré à un livre portant le même titre que le mien: La Grande panne, de Théo Varlet (1930).

C'est Benoît Virot, à l'époque où il partageait avec Frédéric Martin, mon éditeur, l'enseigne d'Attila, qui m'avait signalé ce texte, lorsque je leur avais raconté mon projet d'écrire un roman sur une coupure électrique. J'avais acheté la réédition de 1936:



Réédition qui s'ouvre d'ailleurs par un commentaire assez amer de Théo Varlet, persuadé d'avoir été plagié par un auteur américain:




Je vous rassure, pas de plagiat, en ce qui me concerne, de l'oeuvre de Théo Varlet. Mais je voulais absolument citer ce livre dans le mien, ne serait-ce que pour rendre à César ce qui lui appartenait, à savoir le titre.

Dans la première version (cf. ce billet), le personnage de Thomas (aujourd'hui Nathanaël) ressortait le livre de sa bibliothèque. Dans la version publiée, c'est toujours Nathanaël qui lit le livre, mais il l'a pris au conseiller spécial du Président:

Jean-Sébastien, pour préparer des notes avant le départ de l’Élysée, avait regardé aussi du côté de la littérature, savoir s’il existait des romans traitant d’une coupure électrique. Il avait relu, bien sûr, Ravage, de Barjavel, catastrophisant en diable, mais aussi trouvé La Grande Panne, de Théo Varlet, première édition 1930, roman d’anticipation sur une plante étrange ramenée d’une roche trouvée sur la lune, une sorte de lichen proliférant qui se colle sur tout ce qui est électrique et grossit jusqu’à tout étouffer sur son passage. Il faut donc absolument couper le courant pour éviter une catastrophe.
Chez J.-S., Nathanaël a aperçu le livre, réédition de 1936, le lui a emprunté.

Dans la première version, Thomas s'étonne du fait que le livre ne parle finalement que peu de la panne électrique:

— Le truc étonnant, c’est qu’on a l’impression que Varlet s’intéresse assez peu à la panne, en fait. Il parle beaucoup plus de l’enjeu de la conquête de l’espace, avec un sombre capitaliste qui doit épouser l’astronaute, pour monter une grosse expédition. Et surtout c’est l’histoire d’amour, complètement fleur bleue au demeurant, entre le narrateur et la fille, qui est le centre de l’histoire.

Dans la version actuelle, Nathanaël ressent à peu près la même chose:

roman sans grandes qualités littéraires, gentiment aventureux, en réalité moins centré sur la panne de courant que sur l’histoire d’amour un peu bébête entre les deux personnages principaux.

(On est donc passé de «fleur bleue» à «bébête»...)

Comme en effet le livre de Varlet parle assez peu des conséquences de la grande panne en tant que telle (mais insiste plutôt sur la menace posée par le lichen), j'ai eu du mal à trouver des citations entrant en résonance avec ma propre histoire; évidemment ce passage s'imposait:

«On ne s’était pas ému ni étonné, dans l’indifférence première de la Grande Panne, de savoir que le télégramme et le téléphone n’étaient supprimés que pour l’usage public, et que quelques lignes continuaient à servir pour les besoins officiels. Il faut bien qu’un gouvernement gouverne, n’est-ce pas?»

Quelques liens pour découvrir cette autre Grande panne:

- la page wikipédia de Théo Varlet, peu détaillée

- ce site tenu par un passionné, bourré de documents très intéressants

- la critique de la G.P. par Mercure de France (trois ans après la sortie du livre, à l'époque on savait prendre son temps...)

- un site qui offre la version numérique de la GP (sur demande)

- une version «livre audio» de la GP (6h46...)





mardi 1 mars 2016

L'île de Sein

L'île de Sein est un élément essentiel du roman. Il est toujours assez difficile de faire l'archéologie d'un projet de livre, mais si je me souviens bien, j'avais envie d'écrire un livre sur une panne de courant, et au printemps 2010, j'ai passé quelques jours de vacances sur l'île, et découvert notamment qu'à la différence de la plupart de ses voisines (Bréhat, Batz, Groix, Houat, Hoëdic, Belle-Ile, Yeu, Aix) qui sont raccordées au réseau continental par des câbles sous-marins, Sein possédait sa propre petite centrale électrique, ce qui justifiait que l'île pourrait être utilisée comme «base» par les pouvoirs publics français, lors de la panne.

Sein n'est pas la seule île à générer sa propre électricité, c'est également le cas de Molène et de Ouessant. Mais Sein a une géographie très particulière (toute petite île, battue par les vents, quasiment sans arbres) et un rapport au continent très particulier (il n'y a qu'un seul bateau par jour - sans compter les jours où la mer est trop forte et empêche toute liaison - et ce bateau arrive vers 10h30 mais repart en fin d'après-midi: la plupart des touristes ne passent qu'une journée sur l'île, qui retrouve ainsi son caractère intensément insulaire chaque soir). Et puis il y a le fameux passé de résistant de Sein, le fait qu'après l'appel du 18 juin 1940, quasiment tous les pêcheurs de l'île sont partis en bateau vers l'Angleterre, et ont formé, selon le mot du général de Gaulle, «le quart» des troupes l'ayant rejoint. C'est pour l'ensemble de ces raisons (qui sont explicitement assumées dans la narration du livre) que j'ai pris Sein comme lieu central du roman.

Quelques documents sur l'île:

- la page Wikipédia, particulièrement détaillée

- un «livre» en PDF, plus exactement une gigantesque chronologie de l'histoire de l'île, en deux volumes. Le premier va jusqu'en 1899 (c'est dans celui-ci que j'ai lu les récits des épidémies de choléra sur l'île, notamment la grosse de 1885, que cite le président à la page 231 de mon livre), et le second couvre le XXè siècle. Ce PDF (sans mention du nom de l'auteur) est, je crois, ce livre de Michel Bataillard.

- le site de la mairie, et notamment la page «tourisme» très complète, ainsi que cette carte en PDF.

- un petit texte publié par le Ministère de la Défense sur la réaction des pêcheurs de l'île après l'appel du 18 juin.

- une vidéo aérienne de l'île, faite par un drone. Malheureusement le montage un peu rapide ne permet pas de bien s'y retrouver si l'on ne connaît pas la géographie de l'île.

- une vidéo sur le docteur Menou, sans doute la personnalité la plus connue de l'île. On peut le retrouver également dans ce reportage de 30 minutes sur l'île et dans cet entretien. Il est cité dans le livre (et, me semble-t-il, c'est le seul personnage réel du roman).

- depuis 2013/2014, il y a tout un débat autour de la question de la production de l'électricité, notamment pour tenter de remplacer la centrale au fioul par, au moins, un mix d'énergies renouvelables. Lorsque j'ai écrit la première version du roman en 2010-11 (et tous les éléments techniques concernant l'île racontés dans le roman datent de cette époque) il y avait beaucoup moins d'informations qu'il n'y en a aujourd'hui. Voir par exemple ce rapport, dont la page 5 détaille la puissance produite par la centrale (trois groupes de 450, 260, 250 kVA, soit au total 960 kVA). En écrivant le livre, je n'avais pas cette information, j'avais donc dû me livrer à un petit calcul, lequel est fait par le personnage du Lieutenant-Colonel Sauvage:

- et pour finir je ne saurais que trop vous conseiller la carte maritime du Raz de Sein, sur laquelle se trouve l'île à l'échelle 1:20.000 (et son port dans un cartouche à 1:10.000). Elle est restée accrochée sur un mur, près de l'endroit où j'écrivais, pendant un bon moment.

Le site data.shom.fr permet de retrouver cette carte en ligne:

vendredi 26 février 2016

Secrets de fabrication, 1: La première version

Pour entamer cette série de «Secrets de fabrication», je repars à l'automne 2011, lorsque j'ai terminé la première version de La Grande Panne:



est-il indiqué à la fin du livre qui sort en avril 2016, ce qui montre bien qu'il y a eu deux moments d'écriture de ce texte, à plusieurs années d'écart.

Peu de temps avant la sortie de Et qu'advienne le chaos (voir ce billet), j'avais entamé ce nouveau livre. Je me souviens avoir beaucoup écrit à l'été 2011, et l'avoir terminé précisément le 11 septembre 2011. La date n'était pas anodine, car dans cette première version le 11 septembre 2001 jouait un rôle symbolique, placé pile entre le 11 septembre 1991 (la scène du capuchon) et le 11 septembre 2011 (le dernier jour de la panne). Dans la version actuelle, il reste des traces de cette idée (notamment par le fait qu'il y a une scène se passant le 11/09/2001 pour  chacun des trois personnages principaux), mais la datation du capuchon et surtout de l'histoire elle-même n'est plus indiquée (même si pour cette dernière ce n'est pas difficile de retrouver l'année en question...).

Cette Grande Panne devait même sortir en mars 2012 aux éditions Attila (on en trouve la trace chez certains marchands de livre en ligne, ainsi celui-ci). Mais mon éditeur (il s'agissait, et il s'agit toujours, de Frédéric Martin — à l'été 2013, une scission a vu les deux éditeurs des éditions Attila poursuivre chacun de leur côté, Benoît Virot aux éditions Le Nouvel Attila, et Frédéric Martin au Tripode) m'avait demandé de reprendre des choses du livre, qui à ses yeux (et aux miens, maintenant...) n'était pas complètement abouti.

Pour des raisons complexes sur lesquelles il n'est pas utile de s'étendre, je n'ai pas touché à ce livre pendant plusieurs années, hormis deux tentatives: l'une à l'été 2012 (je me souviens très bien avoir écrit cet été-là la scène de l'explosion de la mine en Italie - maintenant pages 12 à 14 du livre - cet été-là, mais presque rien d'autre - et c'est d'ailleurs peut-être pour cette raison qu'elle est écrite dans un style qui tranche avec le reste du roman), et l'autre au printemps 2014, où je me suis fait imprimer un exemplaire de travail pour le relire tranquillement:



Cet exemplaire, je m'en suis servi à la fois pour prendre des notes:



mais aussi tout simplement aussi comme base pour réécrire le livre entièrement (je veux dire par là que je ne suis pas reparti d'un fichier numérique, je travaillais en réécrivant les phrases imprimées que j'avais devant les yeux). Ce qui fait que même pour des passages qui n'ont pas changé dans la structure narrative, il y a de subtiles différences. Par exemple, le début du cahier d'Emiliano pour Jean-Charles (dans la première version, il s'agit d'Emilio et Jules). Voici les deux versions à la suite:





Les différences sont ici d'ordre stylistique. Mais cette première version diffère largement du roman publié, principalement parce qu'un des trois personnages principaux, celui qui s'appelle dans le roman publié Nathanaël (et dans la première version Thomas), n'est plus du tout le même.
Dans la première version, il était marié, avec des enfants. Il habitait à Montreuil-Bellay, et y restait pendant presque tout le livre - et presque toutes ses scènes étaient liées à ses relations amoureuses avec deux personnages féminins (tous les deux disparus dans la version définitive). Mais ce personnage était trop déconnecté du reste de l'histoire (l'idée de départ était d'avoir un des trois «héros» confronté de manière quotidienne à la panne), et s'il partait à la fin rejoindre Normand sur l'île de Sein, cela arrivait bien trop tard pour qu'on admette son utilité réelle dans le livre. Je l'ai donc entièrement repris, et lié à ce fameux Cyril (je n'en dis pas trop encore, car j'écris ces premiers billets alors que le livre n'est pas encore sorti en librairies...).

Il est quand même assez amusant de voir que j'ai gardé des scènes «similaires» entre les deux versions avec ce personnage. Ainsi le tout début du livre, dans la première version (il n'y avait aucun autre prologue que la scène du capuchon):



Et ce qui est la page 23 du livre, la première scène de Nathanaël:



Il y a évidemment bien d'autres changements entre la version de 2011 et le livre actuel, J'y reviendrai lors d'autres «Secrets de fabrication»...

Couverture et quatrième

Viennent de m'arriver la couverture du livre, et sa quatrième. Les voici:

Couverture


Quatrième de couverture

mercredi 24 février 2016

Souvenirs du «Chaos»

En 2010, lors de la sortie de Et qu'advienne le chaos*, j'avais ouvert un blog à cette même adresse. Mais ayant omis de renouveler le nom de domaine au bout de quelques années, j'ai fini par perdre ce blog.
Heureusement, la plus grande partie des billets a été archivée et peut être lue sur ces deux pages:

http://web.archive.org/web/20100509164722/http://blog.hadrien-klent.com/


et

http://web.archive.org/web/20110205190214/http://blog.hadrien-klent.com/




* Ce premier livre était sorti aux éditions Attila le 6 mai 2010 (soit presque six ans jour pour jour avant La Grande Panne...). Il est maintenant intégré au catalogue du Tripode (http://le-tripode.net/livre/hadrien-klent/et-quadvienne-le-chaos); une édition-semi poche est sortie le 27 mars 2014 dans la collection Météores du Tripode (http://le-tripode.net/livre/hadrien-klent/meteore/et-quadvienne-le-chaos). Les deux éditions sont toujours disponibles.

mardi 23 février 2016

Ouverture

J'ouvre aujourd'hui ce blog autour de La Grande Panne (éditions Le Tripode, en librairies le 21 avril 2016). J'y publierai des informations autour de la sortie du livre, mais également une série de billets rétrospectifs sur l'écriture de ce livre.