Je devrais plutôt dire: les fins. Il y en a eu tant que je ne peux même pas les compter. J'essaie néanmoins de lister, en gros, tous les gros "systèmes" de fin inventés, et les raisons qui m'ont fait en changer.
Un préalable, d'abord. Sauf erreur de ma part (je vais bien voir en dressant la liste), il n'y a jamais eu d'hésitation quand au fait qu'April mourrait, et que Vincent lui promettait de se forcer à vaincre sa misanthropie. L'idée était 1° pas de happy end grossier, 2° on peut lutter contre le déterminisme (je crois avoir déjà raconté sur ce blog que je ne voulais pas que la théorie "moins il y a de gens sur un calque, plus on est misanthrope" soit une clé contre laquelle on ne peut rien faire: je déteste la notion de déterminisme obligatoire).
Cela dit, je trouvais bien qu'il y ait un "happy end", d'où l'idée de finir sur Maria et José qui se retrouvent, qui vont faire l'amour, et qui font repeupler, peu à peu, leur monde. C'est (je l'ai dit ici) le mythe d'Adam et Ève.
Bref, tout semblait bien aller pour les dernières pages. Le problème a toujours été: comment je règle la question Korta. Qu'arrive-t-il à faire, à ne pas faire, comment le faire mourir, etc. Voici ce que j'ai retrouvé:
1° Il y avait un autre personnage, aux côtés d'April et de Vincent: Clotaire (le nom vient de ma version de 2004). C'est lui qui mourait dans l'affrontement avec Korta. Ça contredit donc ce que je viens d'écrire: en réalité, il y avait quand même un demi-happy end pour les héros... Mais ce personnage a très vite disparu.
2° La deuxième version est celle que j'ai traînée le plus longtemps. En gros, Korta était condamné (j'ai déjà raconté ça ici? à l'origine la maladie de Korta empirait, et c'était parce qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir qu'il organisait le Chaos), il décidait de rendre publique la manip pour faire planter tous les calques, April et Vincent débarquaient chez lui, et grâce à un subtil (mais assez compliqué) jeu sur les calques, le temps, etc. (Vincent est avec Korta sur leur calque isolé, ils se mettent d'accord mais Korta ne respecte pas sa parole et tue April), on arrivait à la mort d'April et de Korta. Deux défauts: la complexité de cette chasse via l'isolation des calques, et surtout la faiblesse du fait que Korta n'avait pour but que de mettre sur internet le mode d'emploi du plantage des calques. Pas très fort comme menace... Et le fait que Korta soit condamné n'avait aucun intérêt en soi, au contraire. C'est indépendant de la fin, et j'ai assez vite décidé de changer mon fusil d'épaule (d'ailleurs, autant le dire: c'est par flemme que j'ai conservé le fait qu'au début il est malade, je n'avais pas envie d'enlever toutes les scènes liées à ça; et je trouve pas mal du coup qu'on soit surpris par le fait que finalement, non, il guérit... Fausse piste!)
Un ami (c'est le dernier dans l'ordre des remerciements, à la fin du livre, je ne le remercierai jamais assez parce que, finalement, c'est grâce à lui que j'ai fini par trouver ma vraie fin) m'a ensuite fait remarquer que cette fin était frustrante. Qu'on aimerait plus de spectaculaire. Et surtout que dans ce genre d'histoire, la fin doit être le climax. Donc: évidemment, Korta devait décider de faire planter tous les calques! Mais cela ne réglait la façon d'arriver à la fin.
3° Changement de lieu et de concept. Les trois se retrouvent à Biometrics, Vincent fait sauter le courant, puis il isole son calque (et celui de Korta, pour ceux qui ne suivent pas...). Là, Korta demande à Vincent de le tuer (bon, c'est absurde, d'une part il est condamné, d'autre part, pourquoi renoncerait-il à son projet de faire planter toute l'humanité?). Quand leur calque reconverge, le bâtiment est en feu, April comprend que Korta est blessé, elle part le chercher avant que Vincent n'ait le temps d'intervenir, et elle est prise au piège des flammes. Mmh... Pas terrible, ça.
4° Nouveau concept. On est de nouveau chez Korta, et cette fois il y a un deal entre Korta (qui a chopé April) et Vincent: Vincent doit quitter les Etats-Unis, et à ce moment là Korta ne fera planter que leur propre calque (April le surveille) et non pas ceux du monde entier. Certes Vincent va perdre April, mais de toutes façons si Korta menait à bien son projet, le résultat serait le même, et là au moins il sauve le monde. En réalité, tout le monde bluffe, Vincent fait semblant d'être parti, et Korta tue quand même April. L'idée était marrante (surtout la façon dont Vincent organise un faux retour vers Londres en envoyant des fausses images à Korta alors qu'il est resté à l'aéroport de Phoenix), mais c'était encore compliqué, avec trop de justifications de qui fait quoi, etc.
5° Et puis, finalement, la solution! Evidemment qu'il faut que Korta aille au bout de son projet, que le monde se mette vraiment à diverger. Il suffit de trouver une astuce pour que ça ne dure pas (impossibilité du monde à gérer tant de réalités divergées, je trouve ça assez crédible), et du coup c'est vraiment spectaculaire. En réalité c'était là-dessus qu'il fallait se concentrer, et non pas sur les rapports April-Korta-Vincent, qui sont dorénavanr réduits à leur plus simple expression (avant, il y en avait des pages et des pages "je te menace", "je nous isole", "je vous bluffe "et tutti quanti). Et j'aime beaucoup les courts passages dans le monde entier qui plante petit à petit.
Et voilà... Pendant plusieurs années, j'ai traîné une fin dont je n'étais pas satisfait. Du coup, quand j'ai trouvé la bonne, j'ai vraiment eu le sentiment que le livre était parfait. Ce qui n'était pas tout à fait exact (voir la notion de fleur bleue), mais tout de même. Je suis tellement énervé par les bonnes histoires bien construites qui ne se dénouent pas comme il faut, qu'il m'a semblé essentiel de ne pas pouvoir subir ce reproche.
Ça me fait penser que je ne suis pas très sûr de la fin de mon prochain livre. Il est temps de m'y remettre...