À tout seigneur, tout honneur, un billet consacré à un livre portant le même titre que le mien: La Grande panne, de Théo Varlet (1930).

C'est Benoît Virot, à l'époque où il partageait avec Frédéric Martin, mon éditeur, l'enseigne d'Attila, qui m'avait signalé ce texte, lorsque je leur avais raconté mon projet d'écrire un roman sur une coupure électrique. J'avais acheté la réédition de 1936:



Réédition qui s'ouvre d'ailleurs par un commentaire assez amer de Théo Varlet, persuadé d'avoir été plagié par un auteur américain:




Je vous rassure, pas de plagiat, en ce qui me concerne, de l'oeuvre de Théo Varlet. Mais je voulais absolument citer ce livre dans le mien, ne serait-ce que pour rendre à César ce qui lui appartenait, à savoir le titre.

Dans la première version (cf. ce billet), le personnage de Thomas (aujourd'hui Nathanaël) ressortait le livre de sa bibliothèque. Dans la version publiée, c'est toujours Nathanaël qui lit le livre, mais il l'a pris au conseiller spécial du Président:

Jean-Sébastien, pour préparer des notes avant le départ de l’Élysée, avait regardé aussi du côté de la littérature, savoir s’il existait des romans traitant d’une coupure électrique. Il avait relu, bien sûr, Ravage, de Barjavel, catastrophisant en diable, mais aussi trouvé La Grande Panne, de Théo Varlet, première édition 1930, roman d’anticipation sur une plante étrange ramenée d’une roche trouvée sur la lune, une sorte de lichen proliférant qui se colle sur tout ce qui est électrique et grossit jusqu’à tout étouffer sur son passage. Il faut donc absolument couper le courant pour éviter une catastrophe.
Chez J.-S., Nathanaël a aperçu le livre, réédition de 1936, le lui a emprunté.

Dans la première version, Thomas s'étonne du fait que le livre ne parle finalement que peu de la panne électrique:

— Le truc étonnant, c’est qu’on a l’impression que Varlet s’intéresse assez peu à la panne, en fait. Il parle beaucoup plus de l’enjeu de la conquête de l’espace, avec un sombre capitaliste qui doit épouser l’astronaute, pour monter une grosse expédition. Et surtout c’est l’histoire d’amour, complètement fleur bleue au demeurant, entre le narrateur et la fille, qui est le centre de l’histoire.

Dans la version actuelle, Nathanaël ressent à peu près la même chose:

roman sans grandes qualités littéraires, gentiment aventureux, en réalité moins centré sur la panne de courant que sur l’histoire d’amour un peu bébête entre les deux personnages principaux.

(On est donc passé de «fleur bleue» à «bébête»...)

Comme en effet le livre de Varlet parle assez peu des conséquences de la grande panne en tant que telle (mais insiste plutôt sur la menace posée par le lichen), j'ai eu du mal à trouver des citations entrant en résonance avec ma propre histoire; évidemment ce passage s'imposait:

«On ne s’était pas ému ni étonné, dans l’indifférence première de la Grande Panne, de savoir que le télégramme et le téléphone n’étaient supprimés que pour l’usage public, et que quelques lignes continuaient à servir pour les besoins officiels. Il faut bien qu’un gouvernement gouverne, n’est-ce pas?»

Quelques liens pour découvrir cette autre Grande panne:

- la page wikipédia de Théo Varlet, peu détaillée

- ce site tenu par un passionné, bourré de documents très intéressants

- la critique de la G.P. par Mercure de France (trois ans après la sortie du livre, à l'époque on savait prendre son temps...)

- un site qui offre la version numérique de la GP (sur demande)

- une version «livre audio» de la GP (6h46...)