Il y a plusieurs scènes coupées que j'ai écrites mais qui au final n'apparaissent pas dans la version publiée de La Grande Panne. Elles sont, en gros, de trois ordres:

― l'ensemble des scènes correspondant au personnage de Nathanaël, lequel, dans la première version, s'appelait Thomas. J'en ai parlé dans mon premier «secret de fabrication», je n'y reviens pas (cela fait beaucoup de scènes coupées, mais je ne souhaite pas les faire lire, tout simplement parce qu'elles correspondent à un état du livre qui n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'il est maintenant).

― un petit groupe de scènes que j'avais prévues et commencé à écrire, avant de m'arrêter finalement. Dans la série de «questions en suspens» qui datent de la remise de la première version du manuscrit à mon éditeur (j'y reviendrais), j'avais détaillé ce projet de sous-intrigue:

Des militants de Greenpeace prévoient une action sur une centrale nucléaire lors de la fin de la coupure, pour empêcher que la centrale ne redémarre normalement. Mais ils sont infiltrés par un mec contrôlé par Sauvage, qui a pour but de foutre la merde (faire en sorte que des travailleurs de la centrale soient tués lors de l’action, pour discréditer Greenpeace). Gueslin double Sauvage en prévenant le PR, et du coup le PR peut penser que Sauvage en fait lui voulait du mal (et ça accréditait ce que pensaient les Américains, que quelqu’un de l’entourage du PR avait pour but de déstabiliser l’Etat – sans que le livre tranche sur le fait que Sauvage faisait ça pour ou contre le PR).

J'avais commencé à écrire une première scène, celle qui dans mon chapitrage (la liste des scènes que j'ai à écrire: tout le roman était chapitré en amont) correspond à:

Réunion Greenpeace, préparation action sur centrale de Chinon. Dans le groupe, John, l’alpiniste anglais, est sollicité pour monter en haut du réacteur et y placer banderole. La question des médias : faut-il faire l’action avant la coupure pour être aux 20h ? (Tout n’est plus que médiatique, y compris le militantisme)

Je n'ai jamais terminé cette scène (qui se passait dans une architecture étrange de la banlieue parisienne), et j'ai renoncé à cette partie de l'intrigue (la manipulation policière) qui, bien que crédible (le personnage de John était directement inspiré de Mark Kennedy/Stone, l'agent britannique ayant tenté d'infiltrer le groupe de Tarnac, cf. par exemple cet article), me semblait un peu trop «terre à terre» et finalement brouillant les enjeux similaires posés par la relation entre Emiliano et Jean-Charles.
J'aurais volontiers cité ce début de scène ici, mais je ne l'ai plus: le texte était dans un ordinateur qui m'a été volé fin juin 2015. Et autant j'avais évidemment une sauvegarde du texte, autant je n'avais pas pensé à mettre de côté les scènes coupées.
Il est possible que j'aie oublié d'autres scènes que j'avais écrites puis coupées, à tout jamais perdues.


― Été 2015. Sur un nouvel ordinateur, je reprends une dernière fois le texte, après une conversation avec mon éditeur. Hormis le cas de J.-R. Hunebelle (qui fera l'objet d'un billet à part), j'ai fait quelques coupes, dont notamment une scène intéressante parce qu'elle faisait référence à la grande panne de New-York de l'été 2003, mais qui, hormis cela, n'apportait pas grand-chose.
Cette scène s'intercalait durant la réunion du vendredi matin à l'hôtel Ar-Men. Dans le livre publié, il s'agit de la page 120: après la remarque de Jean-Sébastien concernant le fait que c'est eux qui décident du déclenchement de la panne.
Vous pouvez lire cette scène coupée sur ce fichier pdf: Scène coupée (Louis à New-York en 2003)


J'ai eu également le projet de mettre une exergue au livre. Il y a eu deux possibilités d'une citation ouvrant le roman.
Pour la version de 2011:

« Il suffit de voir ce qui fait retour de vie sociale dans un immeuble soudainement privé d’électricité pour imaginer ce que pourrait devenir la vie dans une ville privée de tout. »
L’insurrection qui vient.

Pour la version actuelle:

« Le phénomène qui vient de se produire ne correspond à rien de ce que nous savons. C’est en violant toutes les lois de la Nature et de la logique que l’électricité a disparu. Et, l’électricité morte, il est encore plus invraisemblable que nous soyons vivants. Tout cela est fou. C’est un cauchemar antiscientifique, antirationnel.»
René Barjavel, Ravage, 1943

(Finalement je n'ai gardé aucune exergue.)