Après avoir terminé la rédaction du livre, le 4 mai 2015, je l'ai donc envoyé à mon éditeur ainsi qu'à quelques amis, avec une liste de questions que je me posais, ce que je pourrais appeler des questions «finales», celles qui restent alors que le livre est terminé.

Je ne vais pas citer in extenso ce texte (écrit dans un style assez relâché), mais voici quelques-uns des points que je soulevais:

Capuchon

Je me demandais s'il fallait rester très elliptique en introduction avec la scène du capuchon (laquelle n'est expliquée qu'à la fin du livre - mais sans non plus de spectaculaire retournement...); j'ai gardé ce côté elliptique.

Jean-René Hunebelle

Il y avait un enjeu important sur ce personnage, mais j'en parlerai dans un autre billet qui lui sera dédié.

Discours

Dans la première version du livre, on entendait (on lisait) le discours écrit par Normand pour le Président (celui qu'il fait lire à Alexandrine dans son bureau). Dans la version finale, j'ai retiré ce discours avec l'argument suivant: ce n'est pas tant le discours qui compte que le fait que ça implique pour lui (et pour les autres) - le faire lire, c'était pousser le lecteur à s'intéresser à d'autres enjeux que ceux que je voulais. D'ailleurs, comme le dit Nathanaël (p.308):

— Cela dit, reprend Nathanaël, hormis la forme, que tu as améliorée, le fond est toujours aussi con.
— Ah, ça... C’est toujours « bonne nuit les petits ». C’est le principe, hein.


Greenpeace

Voir le billet sur les scènes coupées.

Thomas

Voir le billet sur la première version du livre sur le fait que Thomas (i.e. Nathanaël dans la version publiée, je n'ai changé le nom qu'à la toute fin) jouait un rôle différent à l'origine.
Voici ce que j'écris dans mes questions de post-écriture:

J’ai intégré cette dimension de l’espionnage subi que je trouve intéressante (+ son caractère particulier, les 3 garçons fonctionnent ainsi: Jean-Charles dans l’action / Normand dans la contemplation / Thomas dans l’attente), espionnage aussi qui raconte qu’on a beau chercher on ne trouve rien d’autre que de l’humain finalement (il y a moins des grands secrets que des personnalités complexes); mais bref dans la fin du livre il est moins consistant, et en même temps je ne me vois pas l’enlever, d’où ma question: ce relatif déséquilibre par rapport aux deux autres, est-ce un problème ?

On m'a convaincu que ce n'était pas un problème.

Vocabulaire

Ma question:


Je me demande si je ne devrais pas exclure l’usage de l’expression « grande panne » des personnages. Utiliser « coupure » à chaque fois, je me dis parfois que le mot « grande panne » ne devrait être utilisé que par l’auteur (mais c’est peut-être du gadget inutile).


J'ai décidé que oui, ou plutôt j'ai carrément mis en scène cet enjeu dans une remarque que fait Alexandrine au reste de l'équipe de l'Elysée:

Alexandrine prend la parole.
— J’ouvre une parenthèse, une parenthèse importante. Je suis en train de finir une note que j’enverrai à tous les services ce soir avant de partir. Il faut qu’on soit très vigilants sur l’usage des mots. Entre nous, on peut parler de panne, mais en revanche dès qu’on communique en public, c’est interdit. On dit « coupure », « interruption du courant », mais jamais on ne dit « panne », c’est trop démoralisant.

Normalement, c'est respecté dans le livre...

 

Jean-Charles après son arrestation


Ma remarque:

Volontairement je laisse ouvert la décision de Jean-Charles par rapport aux flics. Disons que je n’explicite pas le fait qu’il ne va pas utiliser le cahier pour se disculper (même si je laisse entendre que c’est l’option choisie, que J.-C. profite de ce qu’a monté en son nom Emiliano pour tirer une gloriole, alors qu’en réalité il est incapable de monter un truc aussi élaboré). Je trouve plus intéressant de ne pas clairement trancher sur ce point, de laisser le lecteur se demander ce qu’il ferait à sa place. Et pour une « Grande Panne II » je pourrais toujours réutiliser le personnage dans l’un ou l’autre des contextes ;-)

Je n'ai pas décidé d'écrire une Grande Panne II, c'était plutôt pour rire...
 

Le doute de Sauvage

Ma question, à propos de la scène entre Sauvage et Louis (p.211):

J’aime beaucoup la scène du 4/09 le soir, quand Sauvage exprime à Louis ses doutes sur sa place. Ma question : est-ce que ça fonctionne avec le reste du personnage, toujours à fond ? Est-ce qu’il peut avoir cette faille, qu’il exprime juste devant Louis, et jamais dans sa vie quotidienne de chef du GSPR ?

On m'a convaincu que ça fonctionnait bien comme ça.

Voilà: ce sont vraiment des enjeux de fabrication, comme un auteur en affronte beaucoup quand il travaille sur une narration - j'aime le fait d'en avoir une trace (d'habitude ce sont surtout des questions qu'on se pose à soi tout seul, ou des discussions qu'on a à l'oral avec des gens qui ont lu le manuscrit), et en l'occurence de la partager avec vous.