La Grande Panne

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samedi 5 mars 2016

Secrets de fabrication, 2: le titre

À tout seigneur, tout honneur, un billet consacré à un livre portant le même titre que le mien: La Grande panne, de Théo Varlet (1930).

C'est Benoît Virot, à l'époque où il partageait avec Frédéric Martin, mon éditeur, l'enseigne d'Attila, qui m'avait signalé ce texte, lorsque je leur avais raconté mon projet d'écrire un roman sur une coupure électrique. J'avais acheté la réédition de 1936:



Réédition qui s'ouvre d'ailleurs par un commentaire assez amer de Théo Varlet, persuadé d'avoir été plagié par un auteur américain:




Je vous rassure, pas de plagiat, en ce qui me concerne, de l'oeuvre de Théo Varlet. Mais je voulais absolument citer ce livre dans le mien, ne serait-ce que pour rendre à César ce qui lui appartenait, à savoir le titre.

Dans la première version (cf. ce billet), le personnage de Thomas (aujourd'hui Nathanaël) ressortait le livre de sa bibliothèque. Dans la version publiée, c'est toujours Nathanaël qui lit le livre, mais il l'a pris au conseiller spécial du Président:

Jean-Sébastien, pour préparer des notes avant le départ de l’Élysée, avait regardé aussi du côté de la littérature, savoir s’il existait des romans traitant d’une coupure électrique. Il avait relu, bien sûr, Ravage, de Barjavel, catastrophisant en diable, mais aussi trouvé La Grande Panne, de Théo Varlet, première édition 1930, roman d’anticipation sur une plante étrange ramenée d’une roche trouvée sur la lune, une sorte de lichen proliférant qui se colle sur tout ce qui est électrique et grossit jusqu’à tout étouffer sur son passage. Il faut donc absolument couper le courant pour éviter une catastrophe.
Chez J.-S., Nathanaël a aperçu le livre, réédition de 1936, le lui a emprunté.

Dans la première version, Thomas s'étonne du fait que le livre ne parle finalement que peu de la panne électrique:

— Le truc étonnant, c’est qu’on a l’impression que Varlet s’intéresse assez peu à la panne, en fait. Il parle beaucoup plus de l’enjeu de la conquête de l’espace, avec un sombre capitaliste qui doit épouser l’astronaute, pour monter une grosse expédition. Et surtout c’est l’histoire d’amour, complètement fleur bleue au demeurant, entre le narrateur et la fille, qui est le centre de l’histoire.

Dans la version actuelle, Nathanaël ressent à peu près la même chose:

roman sans grandes qualités littéraires, gentiment aventureux, en réalité moins centré sur la panne de courant que sur l’histoire d’amour un peu bébête entre les deux personnages principaux.

(On est donc passé de «fleur bleue» à «bébête»...)

Comme en effet le livre de Varlet parle assez peu des conséquences de la grande panne en tant que telle (mais insiste plutôt sur la menace posée par le lichen), j'ai eu du mal à trouver des citations entrant en résonance avec ma propre histoire; évidemment ce passage s'imposait:

«On ne s’était pas ému ni étonné, dans l’indifférence première de la Grande Panne, de savoir que le télégramme et le téléphone n’étaient supprimés que pour l’usage public, et que quelques lignes continuaient à servir pour les besoins officiels. Il faut bien qu’un gouvernement gouverne, n’est-ce pas?»

Quelques liens pour découvrir cette autre Grande panne:

- la page wikipédia de Théo Varlet, peu détaillée

- ce site tenu par un passionné, bourré de documents très intéressants

- la critique de la G.P. par Mercure de France (trois ans après la sortie du livre, à l'époque on savait prendre son temps...)

- un site qui offre la version numérique de la GP (sur demande)

- une version «livre audio» de la GP (6h46...)





vendredi 26 février 2016

Secrets de fabrication, 1: La première version

Pour entamer cette série de «Secrets de fabrication», je repars à l'automne 2011, lorsque j'ai terminé la première version de La Grande Panne:



est-il indiqué à la fin du livre qui sort en avril 2016, ce qui montre bien qu'il y a eu deux moments d'écriture de ce texte, à plusieurs années d'écart.

Peu de temps avant la sortie de Et qu'advienne le chaos (voir ce billet), j'avais entamé ce nouveau livre. Je me souviens avoir beaucoup écrit à l'été 2011, et l'avoir terminé précisément le 11 septembre 2011. La date n'était pas anodine, car dans cette première version le 11 septembre 2001 jouait un rôle symbolique, placé pile entre le 11 septembre 1991 (la scène du capuchon) et le 11 septembre 2011 (le dernier jour de la panne). Dans la version actuelle, il reste des traces de cette idée (notamment par le fait qu'il y a une scène se passant le 11/09/2001 pour  chacun des trois personnages principaux), mais la datation du capuchon et surtout de l'histoire elle-même n'est plus indiquée (même si pour cette dernière ce n'est pas difficile de retrouver l'année en question...).

Cette Grande Panne devait même sortir en mars 2012 aux éditions Attila (on en trouve la trace chez certains marchands de livre en ligne, ainsi celui-ci). Mais mon éditeur (il s'agissait, et il s'agit toujours, de Frédéric Martin — à l'été 2013, une scission a vu les deux éditeurs des éditions Attila poursuivre chacun de leur côté, Benoît Virot aux éditions Le Nouvel Attila, et Frédéric Martin au Tripode) m'avait demandé de reprendre des choses du livre, qui à ses yeux (et aux miens, maintenant...) n'était pas complètement abouti.

Pour des raisons complexes sur lesquelles il n'est pas utile de s'étendre, je n'ai pas touché à ce livre pendant plusieurs années, hormis deux tentatives: l'une à l'été 2012 (je me souviens très bien avoir écrit cet été-là la scène de l'explosion de la mine en Italie - maintenant pages 12 à 14 du livre - cet été-là, mais presque rien d'autre - et c'est d'ailleurs peut-être pour cette raison qu'elle est écrite dans un style qui tranche avec le reste du roman), et l'autre au printemps 2014, où je me suis fait imprimer un exemplaire de travail pour le relire tranquillement:



Cet exemplaire, je m'en suis servi à la fois pour prendre des notes:



mais aussi tout simplement aussi comme base pour réécrire le livre entièrement (je veux dire par là que je ne suis pas reparti d'un fichier numérique, je travaillais en réécrivant les phrases imprimées que j'avais devant les yeux). Ce qui fait que même pour des passages qui n'ont pas changé dans la structure narrative, il y a de subtiles différences. Par exemple, le début du cahier d'Emiliano pour Jean-Charles (dans la première version, il s'agit d'Emilio et Jules). Voici les deux versions à la suite:





Les différences sont ici d'ordre stylistique. Mais cette première version diffère largement du roman publié, principalement parce qu'un des trois personnages principaux, celui qui s'appelle dans le roman publié Nathanaël (et dans la première version Thomas), n'est plus du tout le même.
Dans la première version, il était marié, avec des enfants. Il habitait à Montreuil-Bellay, et y restait pendant presque tout le livre - et presque toutes ses scènes étaient liées à ses relations amoureuses avec deux personnages féminins (tous les deux disparus dans la version définitive). Mais ce personnage était trop déconnecté du reste de l'histoire (l'idée de départ était d'avoir un des trois «héros» confronté de manière quotidienne à la panne), et s'il partait à la fin rejoindre Normand sur l'île de Sein, cela arrivait bien trop tard pour qu'on admette son utilité réelle dans le livre. Je l'ai donc entièrement repris, et lié à ce fameux Cyril (je n'en dis pas trop encore, car j'écris ces premiers billets alors que le livre n'est pas encore sorti en librairies...).

Il est quand même assez amusant de voir que j'ai gardé des scènes «similaires» entre les deux versions avec ce personnage. Ainsi le tout début du livre, dans la première version (il n'y avait aucun autre prologue que la scène du capuchon):



Et ce qui est la page 23 du livre, la première scène de Nathanaël:



Il y a évidemment bien d'autres changements entre la version de 2011 et le livre actuel, J'y reviendrai lors d'autres «Secrets de fabrication»...